BTP et Big Data ont-ils autre chose que 2 consonnes en commun? Partie 2 : « Quelles applications pour mes chantiers? »

BTP et Big Data ont-ils autre chose que 2 consonnes en commun? Partie 2 : « Quelles applications pour mes chantiers? »

14 avril 2015

Dites-moi, ce « Big Data », c’est vraiment fait pour moi, professionnel du BTP ?

C’est vrai après tout, on parle de santé publique, de recherche médicale, de stratégie marketing, de transactions boursières, de Facebook, Twitter, Youtube… et le BTP là -dedans ? C’est loin tout ça !

On en vient au fond du problème, au final, est-ce que cette débauche informatique (« Hadoop », « MapReduce » et autre « Distributed File System ») concerne le BTP ?

Dans notre précédente Newsletter, nous évoquions une étude 2011 menée par la CCI et la Chambre des Métiers d’Alsace à propos de l’équipement et de l’investissement des sociétés du BTP de cette région. Aucune différence avec leurs homologues américains qu’une étude 2012 du Gartner classait 15e et bon dernier en termes de pourcentage du CA consacré aux dépenses informatiques (Gartner IT Key Metrics Database 2012) : 1,6% du CA consacrés à l’informatique dans le BTP… contre 5,04% en moyenne pour l’ensemble des secteurs.

Un analyste du marché va plus loin, au-delà de l »inappétence notoire du BTP pour l’informatique, il pointe les faits suivants :

  1. Etant donné la nature des projets du BTP, ses intervenants sont plus des consommateurs de données que des générateurs ou des analystes de ces données : vos conducteurs ont besoin des informations de livraison de telle fourniture, de tel index de révision des prix, d’un retour précis sur les règlements clients… pas de produire cette information…
  2. Le BTP n’est pas l’industrie manufacturière: Quand on produit 10 000 000 d’unités d’un gadget donné, le gain de marge, temps, qualité de 0,0001% engendré par de bonnes analyses prédictives a du sens… mais quand on travaille sur des projets uniques et indépendants, tous distincts les uns des autres (c’est la réalité des chantiers…) quel intérêt ?
  3. Monter des analyses prédictives pertinentes, c’est disposer de masses de données représentatives sur lesquelles faire tourner les algorithmes adéquats et mener des analyses pour déterminer quelle relation d’interdépendance ont les données… franchement… le BTP n’en est pas là …

Une culture et des besoins différents donc, mais allons plus loin : et si le Big Data… ça n’était tout simplement pas dans la nature des acteurs du BTP ?

Discuter la « nature » des acteurs du BTP dépasserait clairement l’ambition de cette rubrique, mais la réponse est peut-être simplement que le Big Data ça n’est pas que de l’informatique

Ok, tout ça c’est très bien, mais concrètement le Big Data ça ferait quoi pour moi ?

Admettons que le Big Data, ça ne soit pas que de l’informatique… Soit. Admettons que chaque chantier génère effectivement des données très variées et à évolution rapideSoit. On restera quand même toujours très, mais vraiment très loin des volumes d’autres industries, non ?

Un simple exemple : En 7 ans d’exploitation d’iXBAT, l’un de nos clients (PME de première importance dégageant quand même une cinquantaine de millions d’Euros de CA) n’a généré que… 60 Go de données au global… On est très loin des Teraoctets journaliers de Twitter…

Aujourd’hui assurément. Essayons d’ailleurs d’énumérer les informations effectivement utilisables et identifiables sur un chantier : données de pointage main d’œuvre et matériel, pièces commerciales d’un cycle d’achat, informations qualitatives ou quantitatives sur un transporteur, % d’avancement… tout cela semble assez bien structuré, pas si gourmand que cela en volume, collecté quasi-quotidiennement sans que cela pose le moindre problème…

Mais demain : photos prises sur le chantier par le conducteur, flux d’information météo en continu sur le tableau de pilotage chantier de la tablette du chef d’équipe, enregistrement audio de ses commentaires à la livraison d’une charpente, remontée des capteurs d’humidité ou de température implantés dans les murs pour anticiper le planning des travaux de placo, transmission des données géolocalisées des puces RFID du matériel roulant, de même que des capteurs installés sur le matériel électroportatif des équipes pour en tracer les éventuels dysfonctionnements, suivi du carburant, optimisation des trajets par anticipation du trafic, analyse du réseau social d’entreprise pour mesure du baromètre du moral (on le fait déjà couramment pour les sportifs de haut niveau), surveillance des capteurs des masques du personnel réalisant un désamiantage, prise en compte des données transmises par un drone scannant les points de friction d’un bâtiment, analyse topographique pour fiabiliser un chantier de TP, analyse historique du coût d’un matériau donné, couplé à l’analyse de sa performance/résistance dans le temps…. Le tout comparé à des benchmarks de ces mêmes données anonymisées et mises en ligne par vos confrères (le projet existe déjà …)…

Et encore… on ne regarde là que les données « entrepreneur », chantier… et si on venait y ajouter les données en provenance de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre ?

Quels volumes faramineux de données le BTP génèrera-t-il alors ? Sera-t-on si loin des secteurs de la Finance ou de la Santé… Pourra-t-on continuer à dire que le big data ne concerne que les géants du digital ?

De la science-fiction tout cela ? Pas vraiment : tous ces sujets pris individuellement existent d’ores et déjà …

Vous voulez vous faire peur ? 12 millions de puces RFID ont été vendues en 2011… on estime qu’en 2021, 209 milliards seront commercialisées… si le BTP ne sait pas quoi faire de ces informations, d’autres acteurs sauront en tirer parti…

Ah oui je vois… 2021… en clair, ça n’est quand même pas pour tout de suite… alors, si je ne fais rien, c’est si grave que cela ?

Peut-être pas ! Il y a même une étude pour nous dire que le secteur du BTP est celui qui a le moins à espérer de l’utilisation du Big Data en termes de gain de productivité (McKinsey Global Institute Analysis, Mai 2011)… Alors : pas de quoi s’inquiéter, retournons à la réalité de nos chantiers !

Vraiment ? Alors pourquoi Google s’est-il payé, pour 3.2 milliards de dollars en janvier 2014, « Nest » une start-up spécialisée dans les thermostats ? « Bah, c’est de la domotique, ou cela concerne le secteur de l’Energie, pas de la Construction, nous direz-vous. Que Veolia ou d’autres se fassent des cheveux blancs ! »

Mais en êtes-vous si sûr ? Le BTP a-t-il vraiment envie de se faire confisquer le sujet des « smart grids », quand c’est lui qui pose tous ces réseaux, quand ce sont ses équipes qui assurent la construction et la maintenance de ces flux d’énergies et de transport ? Posons-nous un instant pour y réfléchir : diriez-vous que Renault n’a rien à craindre de la Google Car ? Que DHL se moque des drones d’Amazon ?

La tendance réelle de l’économie est à l’irruption des acteurs du digital dans le monde réel, via ce que les anglo-saxons appellent « the Internet of things » : tous ces appareils connectés, toutes ces données stockées dans le cloud, toutes ces informations chiffrées, géolocalisées, qualifiées : c’est bien du monde réel dont elles parlent, qu’elles décrivent, qu’elles prédisent… et c’est bien dans le monde réel qu’évoluent vos équipes, vos camions, vos grues…

Certains commencent déjà à grincer des dents : « Un jour Google construira des maisons parce qu’il en aura assez de la lenteur et de la rigidité des acteurs de l’amont » (Les Echos du 14 janvier 2015), ou encore : « Le secteur est prévenu, s’il n’évolue pas, de nouveaux entrants capteront la valeur ajoutée en proposant des services/produits novateurs, faisant des acteurs historiques du BTP de simples fournisseurs soumis entre eux à une forte concurrence. » (Bati2030, novembre 2013)

Vous avez vraiment envie d’être « un acteur de l’amont » ? Vous vous percevez comme un « simple fournisseur » ? Vous trouvez que la concurrence actuelle n’est pas assez forte ?

Imaginez un instant : Votre concurrent à plus forte valeur ajoutée sera aussi, par le biais de son moteur de recherche, la porte d’entrée de vos clients quand, en quête d’un prestataire, ils taperont dans leur navigateur: « travaux de plomberie », « rénovation », « charpente », « cloisons », « fondations »… Vous comptez vraiment confier votre publicité et votre force de vente à l’un de vos concurrents ?

Cela s’appelle un cauchemar et ça arrive demain.

Ok ! J’ai compris, arrêtez ! Alors si je devais faire quelque chose d’accessible là tout de suite, sans me ruiner, ça serait quoi, vous m’aideriez comment et j’y gagnerais quoi ?

Les cultures changent progressivement: Vous êtes sûrement en train de vous demander (comme la majorité de vos confrères) comment la technologie mobile peut vous aider à garder le contact avec vos chefs d’équipes et vos conducteurs. Peut-être pourriez-vous aussi, ça n’est pas bien compliqué et ça ne coute rien, vous interroger sur les informations brutes dont vous disposez d’ores et déjà sans vraiment les exploiter : quelles sont-elles et que pourriez-vous en faire ?

L’idée ici est d’anticiper, préparer, prévoir, pour s’éviter un choc culturel majeur lors du grand saut technologique de demain…

Nombre de nos clients sont déjà lancés, par le biais de petits groupes de travail constitués de représentants des études, de l’exploitation, des achats, de la comptabilité (…), dans la nécessaire compréhension de leur manière de travailler. Tous, sans exception, identifient des silos d’information inexploitée : connaissance du parc matériel, disponibilité de telle ressource, tarifs et délais de tel fournisseur, pratiques de tel client, dérive systématique associée à tel sous-traitant, excellence de tel autre, goulet d’étranglement de telle étape du processus achats… Quelqu’un sait ou stocke une information clef à une étape du processus… mais c’est un peu compliqué de la partager…

« Mouais… » Vous n’êtes pas convaincu, tout cela ne vous semble pas bien concret. Vous avez raison. Quelques exemples pragmatiques pour évoquer des sujets qui vont vous parler :

  • Un peu de réalisme déjà : commencer à admettre que le « Big Data » pourrait faire quelque chose pour votre société et continuer à avoir le cœur de son activité gérée par Excel et Access… ça n’est pas le bon point de départ… Ca ne veut pas forcément dire investir dans les volumes de stockage de la NSA… c’est juste faire le même constat que toutes ces PME qui, passant le seuil fatidique des 15 à 20 millions d’Euros de CA, nous disent soudainement : « Aidez-moi à construire une solution adaptée à ma croissance ! Mon activité étouffe dans des outils acquis lorsque ma société réalisait 5 fois moins de chantiers à l’année…»
  • Vous déprimez devant les volumes de paperasse que votre responsable QHSE (attestations, formulaires…) ou votre gestionnaire achats (factures, bons de réception…) accumulent sur leur bureau (sans parler de votre conducteur et ses feuilles de pointage qui s’empilent dans le casier à l’accueil, ou votre responsable RH qui les valide à la main)… Vous vous dites peut-être : « Il faut que j’achète un outil de reconnaissance optique de caractères (« OCR »), ou de lecture automatique de documents (« LAD ») !»… N’en faites rien! Avant d’investir 50000€ dans une solution de « gestion électronique de données », posez-vous un instant pour réfléchir à une standardisation de ces documents, et un gestionnaire de contenu à votre portée, à un flux dématérialisé dont vous possédez déjà les « tuyaux » ! En clair : Ne dépensez pas votre marge dans un outil de plus qui ne fait qu’adresser un bout de problème que vous pourriez tout simplement éliminer. Comment ? Comme ça : Votre Directeur d’exploitation ou votre DAF vous a fait acheter des tablettes ou des PC portables pour vos conducteurs ou vos chefs d’équipes… ils n’ont plus à passer au bureau pour y déposer leurs feuilles d’heures ou leur avancement, et vous les avez gratifiés au passage d’un petit gadget technologique qui leur a fait plaisir… Ne vous arrêtez pas là ! Dites-leur qu’ils peuvent aussi y saisir leurs bons de réception, y suivre leurs règlements clients, y faire leurs relevés de tension sur chantier ou y réserver la banche qu’il leur faut pour avant-hier ! Plus de papier = plus besoin d’OCR ou de LAD à 50 000€. La solution est déjà là . Ne la rachetez pas !
  • Vos réunions de comptes mensuelles avec vos Conducteurs sont le lieu de tous les dangers. Au mieux, deux visions s’opposent, celle du Conducteur (« Moi je sais ce qui se passe sur mon chantier !»), et celle du Comptable ou du Contrôleur de Gestion (« Moi je sais quels règlements ont été effectués, quels engagements de dépense j’ai devant moi ! »). Deux au mieux, parce qu’en général, le Directeur d’Exploitation, le Chef d’Equipe et le Patron proche du terrain ont aussi leur petite idée et leurs propres indicateurs… En bref, avant d’avoir fini, impossible de savoir o๠et quand on va atterrir, et quand on le sait : c’est trop tard. Ils sont là les silos d’information cloisonnés identifiés par nos clients qui se penchent sur leur processus. Dites-vous simplement que vous avez déjà les outils d’analyse en place pour agréger toutes ces données et réconcilier tout le monde. Pas de besoin de parler « Big Data » pour mettre tout cela en musique.

Et nous là -dedans ? Eh bien on serait ravis de vous aider à y voir plus clair… en utilisant mieux ce que vous avez déjà .

Cela vous aidera-t-il à résister aux monstres du Digital qui commencent à se positionner sur vos chantiers ? Peut-être pas. Mais en 2021, quand 209 milliards de puces RFID auront été déployées sur tous les équipements que vous utilisez… je préfèrerais être dans la PME qui se sera posée ces questions et aura mis en œuvre ces pratiques, plutôt que dans celle qui devra demander à Google : « Heu… comment ça marche ? »